Fernande Barrey 1893 - 1962? Paris, France
Contributed by Pascal Cottereau |
Fernande Barrey est née à Paris le 9 janvier 1893, d'une famille originaire
de Saint-Valéry sur Somme, dans le nord de la France. Sa vie est bien connue
seulement après 1915, c'est-à-dire après la période où elle aurait posé pour
Jean Agelou, si elle l'a fait.
En 1916 elle habitait à Montparnasse, dans un petit appartement au 5, rue
Delambre, et elle avait l'habitude de prendre son café au Dôme, un célèbre
café d'artistes. Là elle rencontra les peintres de l'Ecole de Paris, parmi
lesquels Amedeo Modigliani
et Chaïm Soutine.
Les portraits qu'elle faisait d'eux leur plurent, et ils la persuadèrent d'aller étudier la peinture à l'
Ecole des Beaux-Arts.
C'est dans ce même café que l'année suivante elle rencontra
Tsuguharu Foujita.
Elle avait 25 ans, des yeux rieurs, les cheveux courts, un nez en
trompette, et un langage coloré d'argot parisien avec son accent picard.
Pour Foujita, ce fut le coup de foudre, mais la belle n'était pas
impressionnée par cet étrange Japonais aux boucles d'oreilles et aux
vêtements extravagants. Il se leva et s'approcha d'elle, s'inclinant
cérémonieusement. Ils échangèrent quelques mots, il lui fit des compliments
sur sa robe. Puis il se retira.
Foujita avait le don de fabriquer des vêtements à partir de rien. Il passa
la nuit à coudre un corsage bleu pour Fernande et lui apporta chez elle le
lendemain matin. Le peintre se plaignit du froid dans la chambre, et comme
elle ne voulait pas être en reste de générosité après le merveilleux cadeau
de Foujita, Fernande attrapa une hache et brisa la seule chaise qu'elle
possédait pour lui faire du feu.
Ils se marièrent quelques jours plus tard, le 27 mars 1917, à la mairie du
14ème arrondissement. Foujita emprunta les 6 francs nécessaires à la
publication des bans à un serveur de la Rotonde, qu'il remboursa avec un
portait de sa femme.
Fernande abandonna ses propres ambitions artistiques pour se dévouer à la
carrière de son mari. On raconte que, quelques semaines après leur mariage,
elle quitta la maison avec un carton de dessins sous le bras. Elle alla sur
la rive droite, là où étaient la plupart des galeries d'art. Prise sous une
averse subite, elle entra chez Cheron, un marchand de tableaux très connu,
et lui offrit deux aquarelles en échange d'un parapluie. Ce jour-là elle
rentra à Montparnasse sans avoir rien vendu. Mais elle avait gagné Cheron.
En effet, après avoir étudié attentivement les aquarelles, le marchand
traversa la Seine pour se rendre rue Delambre. Il demanda qui était l'
artiste et où étaient ses ouvres. Il acheta tout ce qu'il trouva, procurant
au jeune couple une sécurité bienvenue : un minimum de sept francs cinquante
par aquarelle, et quatre cent cinquante francs pour un mois de production.
Pour célébrer leur bonne fortune, Foujita offrit à sa femme une cage et un
canari.
Le couple Foujita était ami avec la plupart des peintres de Montparnasse, et
parmi eux le Russe Ossip Zadkine et sa maîtresse Valentine Prax. Foujita
confectionna un manteau de drap bleu pour Valentine, tandis que Fernande lui
apprenait à se maquiller, ce que Zadkine apprécia peu. L'été suivant,
Zadkine partit seul pour Bruniquel, un petit village du sud-ouest de la
France. Les Foujita invitèrent Valentine à passer l'été avec eux à
Collioure, sur la côte méditerranéenne. C'est là qu'un télégramme arriva de
Bruniquel: " Viens.. si on parlait mariage ?.. ". Valentine se précipita
pour rejoindre Zadkine. Ils se marièrent le 14 août 1920, et les Foujita
furent tous deux leurs témoins.
Ils étaient aussi très proches
d'Amedeo Modigliani et de sa maîtresse,
Jeanne Hébuterne. Fernande racontera plus tard que c'est elle qui a présenté
Modigliani à son marchand et ami, Zborowski, mais cela n'est pas confirmé.
Pendant l'été 1918, les Foujita partirent avec Soutine, Modigliani et les
Zborowski pour la Côte d'Azur, où les peintres essayèrent, mais sans succès,
de trouver des riches achetuers. Il arrivait alors à Fernande de se promener
nue dans la campagne.
A Nice Jeanne donna naissance à la fille de Modigliani, une autre Jeanne.
Quand il partirent, leur propriétaire saisit les bagages des peintres en
guise de paiement, mais ne s'intéressa pas à leur peinture. Quelques années
après, il aurait été millionnaire avec des ouvres de Modigliani, Soutine et
Foujita. Fernande aussi avait des dessins de Modigliani mais elle s'en
servit pour allumer le feu ! Ils n'avaient aucune valeur à cette époque.
Quand Modigliani mourut prématurément à 35 ans de tuberculose, les Foujita
tentèrent vainement de consoler Jeanne mais ne purent pas l'empêcher de se
suicider. Longtemps après, Fernande se rappellera ces terribles moments avec
des sanglots dans la voix: "c'était une vraie beauté avec ses nattes
blondes, un ange!".
Foujita, totalement dévoué à son art, commença à négliger Fernande qui s'
ennuyait. Elle recommença à peindre, exposant trois ouvres au Salon d'
Automne 1920 : " Enfant à l'écharpe blanche ", " Petite fille à la poupée "
et "jeune fille blonde ".
Le couple participa à plusieurs des folles soirées organisées par leurs amis
artistes, dont la plus connue, le "Bal de l'AAAA (Aide Amicale Aux
Artistes)". Foujita était vêtu d'un pagne et tout son corps était tatoué en
bleu. Il portait sur son dos une grande cage d'osier dans laquelle était
Fernande, ficelée comme un paquet et ne portant rien, pas même un pagne. Sur
la cage était un écriteau " femme à vendre ". C'était une très belle femme
et tout le monde voulait jeter un coup d'oil entre les barreaux. Certains
firent même une offre, mais les amateurs furent impressionnés en apprenant
que cette esclave nue était en fait un peintre qui avait déjà exposé au
Salon.
Fernande n'était peut-être pas à vendre, mais elle se donnait volontiers
pour rien. Elle passait de plus en plus de temps au Dôme, cherchant de la
distraction. Elle prit des amants, et rencontra un autre peintre japonais,
Koyanagi, qui se trouvait être un cousin de son mari. Elle le rejoignait l'
après-midi dans son atelier de la rue Schoelcher, pendant que Foujita
peignait ses chats. Quand elle finit par avouer cette liaison à son mari,
celui-ci se contenta de sourire calmement, mais Fernande n'était pas dupe.
Il savait qu'elle avait des amants, mais cette fois il était très en colère
car son rival était un homme de sa race, et même de sa propre famille !
Quand sa colère se fut calmée, Foujita laissa Fernande partir avec son
nouveau samouraï. A la même époque lui-même rencontra son nouvel amour,
Lucie Badoul. Il la rencontra à la Rotonde, et ils passèrent tout de suite
trois jours dans une chambre d'hôtel à faire connaissance, pendant que
Fernande cherchait son mari partout, même à la morgue. Foujita quitta
Fernande pour vivre avec Lucie, qu'il renomma Youki (plus tard, elle devint
la femme du poète surréaliste Robert Desnos). Fernande et Foujita
divorcèrent en 1928.
Fernande s'installa avec Koyanagi et continua à peindre. Ils participèrent
ensemble au Salon d'Automne 1923. En février 1929 le magazine
"Paris-Montparnasse" annonça leur futur mariage avec dîner à la Coupole et
Kiki de Montparnasse comme demoiselle d'honneur. Mais il semble que ce
mariage n'eut jamais lieu.
Plus tard elle quitta Koyanagi mais continua à peindre et resta à
Montparnasse dans son vieil appartement de la rue Delambre. Elle vivait
encore là dans les années 1960 quand elle fut interviewée pour un livre sur
ses amis peintres: " Montparnasse vivant " par J-P. Crespelle. C'était à l'
époque une vieille dame, l'un des personnages les plus populaires de
Montparnasse, saluée respectueusement par les jeunes peintres quand elle
dînait à la Coupole. Elle peignait lentement, restait quelquefois des mois
sur un tableau et préférait vivre modestement plutôt que de se livrer à des
productions commerciales.
Foujita ne l'abandonna jamais et l'aidait à joindre les deux bouts en
souvenir de l'aide qu'elle lui avait apportée au début de sa carrière. Elle
ne se remaria jamais, et était fière d'avoir été la femme de Tsuguharu
Foujita.
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Bibliography:
Vie Et Oeuvre De Leonard-Tsuguharu Foujita, Sylvie Buisson), Dominique Buisson , 2001
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